Auteur Sujet: Thirty years before  (Lu 4666 fois)

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Thirty years before
« le: 13 septembre 2007 à 21:30:19 »
Y'a pas d'autres endroits où le poster, donc mon petit projet ira là. Comme j'ai déjà un roman en cours, je n'y posterai que des petits textes quand l'envie m'en prendra.

Bref, d'après le titre, vous savez déjà qu'il n'y aura pas Kira, d'Asran ou de Shinn. Et c'est le cas. "l'histoire" sera centrée en particulier sur Siegel Clyne et Patrick Zala, qui, arbitrairement, auront tous les deux 18 ans à l'époque. Pourquoi ? Parce que. Et puis c'est tout. J'ai aussi choisit tout à fait tyraniquement et sans recherches aucunes leur caractère et leur physique. Si vous êtes pas contents, envoyez des tomates radioactives chez Fukuda, il transmettra. Ou pas.

Comment Siegel Clyne rencontra Patrick Zala

Lorsqu'il débarqua à Harvard de sa lointaine Europe, le jeune Siegel Clyne, dix huit ans, vacciné et majeur depuis peu, s'attendait à trouver l'Olympe, ou au moins quelque chose qui y ressemble. Venu tout droit depuis la scandinavie, Siegel avait l'accent aussi prononcé que l'esprit ouvert, pour ne pas dire Naïf.
Avec un grand N.

Clyne était blond, les yeux bleus et la peau clair. Son expression, en ce début de Septembre, était si émerveillée qu'il en eu des courbatures pendant des jours. L'Amérique ! La Fac ! Les filles ! Ce fils à papa se voyait déjà conduire une belle décapotable, quatre bombes sur le siège arrière et son diplôme déjà en poche. Cette illusion de la glorieuse Fédération Atlantique ce fissura légèrement lorsque, le premier jour, il se retrouva perdu sous la pluie, sur le gazon d'Harvard, tentant de trouver l'amphi A-78 Bis sur sa petite carte trempée. Trop timide pour demander de l'aide, il manqua les deux cours d'ouverture avant d'avoir à supporter les plaintes du concierge quant qu'à "l'éponge dégouttante qui lui servait de manteau". Sa meilleure veste de costume, en fait. La pauvre ne survécut pas.

Siegel avait donc décidé de commencer l'après midi sous de meilleures ospices en arrivant bien en avant à son prochain cours : Droit Politique International. Plus idéaliste que visionnaire, le blond se voyait déjà plaidant pour la justice, la liberté et l'égalité, bâtissant un monde meilleur où tous mangeraient à leur faim, seraient acceptés comme ils l'étaient, les petites et les petits oiseaux... BAM !
Sortit de sa rêverie par le bruit d'un sac jeté avec peu d'attention, Siegel levait les yeux vers le mont Everest. Enfin peut être pas, mais vu depuis une position assise, le nouveau venu avait de quoi faire peur. Au moins un mètre quatre-vingt cinq et pas franchement mince. Les cheveux noirs, coupés aux épaules et attachés en catogan.

Première réaction de Clyne : Un mouvement de recul et un bégayement qui ressemblait vaguement à de l'anglais, vite recouvert par un "Yo ! C'est libre ?" qui attira l'attention de ses autres voisins. Parce que l'inconnu ne parlait pas particulièrement bas...
Deuxième réaction : fermer la bouche et aquiescer, ce qui était inutile puisque l'américain s'était déjà affalé sur sa chaise et farfouillait dans son sac. "Au fait, t'es qui ? J't'ai pas vu à la cérémonie d'ouverture, et pourtant j'm'en souviendrais ! Une tête de niais comme toi, ça se manque pas !"
Troisième réaction : bafouiller. Parce que Siegel n'avait pas compris grand chose : l'autre parlait trop vite et avec un accent très prononcé de Washington. "Eye, Huston appelle la lune ! J't'ai posé une question ! Complètement à l'ouest... Toi speaker anglais ?"

"Ah, euh... oui oui !" répondit Clyne précipitament. Au moins il lui restait quelques bases... "Oui, moi... euh... je parle anglais, oui."

Siegel n'eu pas le loisir d'aller plus loin : le professeur, un homme bedonnant d'une soixantaine d'année, marchait à pas bruyants sur l'estrade de chêne. Le scandinave se détourna aussitôt de son voisin, se redressa et, tout ouie, assista aux toussotements de l'homme, puis à la sortie de ses notes qui, en plus, n'étaient pas très bien rangées. Ensuite, il nettoya ses lunettes, les mit sur son nez, fronça les sourcils, toussota encore... "Détends toi Froggy, il en a encore pour un moment," fit encore une fois le bruyant brun en tirant un magazine de son sac, qu'il n'avait toujours pas retiré de la table. "Froggy ?" s'étonna Siegel.
L'autre haussa les épaules. "Ouais, ton accent, là. T'es pas, comment ça s'appelle ? Français ? J'suis plus sûr, y'a trop d'coins en Eurasia."

"Je suis scandinave," répondit Clyne en rougissant un peu. Les français n'étaient pas connus pour leurs talents en langues.

"Ah oui ! T'as des rennes chez toi ou..."

"Je voudrais bien écouter," coupa Siegel, légèrement agacé par le ton employé. Oh, comme si c'était si bien que ça, l'Amérique ! Fallait arrêter de se prendre pour le centre du monde.
Le cours commença.

... bientôt coupé par une série de pas-si-discrets bips sonores.

"Mais qu'est-ce que tu fais ?"

"Je joue. J'peux te prêter une console si tu veux, j'en ai deux."

"Et tu ne prends pas de notes ?"

"Pourquoi faire ?"

"Apprendre tes cours !"

"Mais quelle idée."

"Et comment penses-tu réussir tes concours ?"

"T'occupes, au moins moi j'suis sûr de comprendre les questions."

Soufflé, Siegel retourna au vieux souffleux en faisant tout pour ne pas regarder son voisin.

"Ah, au fait, t'as toujours pas dis comment tu t'appellais."

Clyne dessera légèrement les dents, juste le temps de glisser son nom. Peut être que l'autre le lâcherait, comme ça.

"T'as un nom d'fille." commenta le brun au bout d'un moment, ses yeux gris toujours fixés sur l'écran d'une gameboy Zeta-320.

Siegel retourna bouder.

***

"Eeeeeeeeeeh l'esquimo ! Attends !"

Siegel ne ralentit pas. Il ne voulait pas rester encore une minute de plus auprès de cet espèce de bourrin mal coiffé. Avec ses surnoms débiles en plus. Le cours était finit, et le scandinave tentait tant bien que mal de se faufiller entre d'autres jeunes gens lorsque quelque chose passa autours de son coup, assez lourd pour l'obliger à se pencher en avant. Et pourtant il était costaud -bien qu'il le cache souvent, car il ne faisait pas bon être un coordinateur. "C'est pas poli de laisser les gens derrière !"
Oh non. Pas lui.

"C'est pas poli non plus de les prendre par derrière !"

"Soigne ton vocabulaire," pouffa aussitôt le brun, "c'est un peu ambigue, c'que tu viens de dire. Mais c'était drôle alors je te pardonne," acheva-t-il plus lentement, si bien que Siegel, pour une fois, put comprendre tous les mots. Plus rouge que la cravate pourtant cramoisie de l'autre, il marmonna quelques excuses et son ex-voisin lui asséna une tape amicale sur l'épaule.
Une tape qui aurait put lui éclater la clavicule.

Le type était un coordinateur. C'était évident. Ce qui soufflait Siegel, c'est qu'il s'affichait absolument sans scrupules, et apparement sans craintes. Par contre, on faisait plus riche : sa veste gris sombre était un peu courte aux poignets et on voyait ses chaussettes.
Le coordinateur dû suivre son regard, car il se fendit d'un grand sourire. "Ah, ça ! C'est parce que j'arrête pas de grandir super trop vite, tu vois ? Alors mes parents veulent pas me payer des fringues tout le temps." Puis il haussa les épaules et enfonça les mains dans ses poches. Siegel se sentit un peu honteux de sa mise soignée et de sa montre en or.

"Tu ne m'as pas dis comment tu t'appelles, toi," lui demanda-t-il au bout d'un moment, alors qu'ils sortaient, côte à côte, du bâtiment principal.
L'autre sourit avant de répondre. "Zala. Patrick Zala."
« Modifié: 13 septembre 2007 à 21:33:26 par Fëa »
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Hors ligne TheSpetsnatz1

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« Réponse #1 le: 13 septembre 2007 à 21:44:04 »
 :27: C'est pas mal . Le début est terrible, on dirait le premier cours de Saga à la fac de droit  :12: à croire que t'es newtype ^^
Bon sinon continue comme ça et fais gaffe aux fautes  :kuru1: pas comme moi qui en ai rien a foutre

Hors ligne Saga

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Thirty years before
« Réponse #2 le: 13 septembre 2007 à 22:10:39 »
New-Type ! :giro2:

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Thirty years before
« Réponse #3 le: 13 septembre 2007 à 22:47:22 »
Je ne me relis jamais immédiatement, donc les fautes seront corrigées dans... euh... quand j'y penserai. Je vous assure que mon ortho n'est pas si mauvaise, juste que j'écris vite, trop vite, et que j'ai tendance à zapper des trucs. C'est le gros problème de mon écriture XD mais en effet, il suffit que je relise le premier paragraphe pour être outrée de mes propres fautes. Toutes mes excuses, je me flagèlerai dès que j'aurai trouvé un fouet.

Alors oui, Siegel est un boulet trop gentil qui essaie de se dépatouiller en anglais. De son côté, Patrick est un espèce de génie qui jure trois fois par phrase, a un humour invivable, un ADN anti gueule de bois et un égo de la taille d'un Freedom. Mais comme ils ont trente ans pour changer, tout est permis ^^

Comment Siegel Clyne rencontra les (multiples) petites amies de Patrick Zala

Il ne fallut guère plus de trois semaines pour que Siegel, pourtant pas difficile, comprenne que son nouvel ami était aussi déplacé à Harvard qu'un cafard chez un joallier de la Place Vendôme.

Oh, Patrick n'était pas une de ces nunuches qui, au bout d'une semaine, perdent complètement le fils et éclatent en sanglots bruyants sur leurs études fichues d'avances. Non, Patrick faisait simple : il ne fichait strictement rien.
N'apprenait pas ses notes.
Ne prenait de toutes façon pas de notes.
N'écoutait que d'un oeil plutôt endormis.
N'écoutait pas du tout, d'ailleurs.

Pourtant, nulle panique chez Zala qui ne semblait porter qu'un intérêt plus que limité aux études, malgré le fait qu'il se soit inscrit à tous les cursus.
Non, Patrick était plutôt du genre à jouer les Don Juan par sms.

Il y avait d'abord eu Holy, le premier jour. Une demi-heure après leur rencontre en cours de droit politique, Patrick décrochait l'un de ses trois téléphones portables, répondait quelques "ouais !" "trop !" "ouais je t'aime !" avant de refermer l'appareil et de préciser, fort inutilement : "c'était ma copine !"
Et pour faire la conversation,  Siegel avait demandé comment elle s'appelait.

Le troisième jour, c'était Cassiopea. De son vrai nom Mary, elle avait débarqué au volant de la Ford Blitz toute cabossée de Patrick (d'après lui, le volant et les freins marchaient et c'était tout ce qui comptait, mais le grincement de la boîte de vitesse donnait des frissons à Clyne), dont la peinture noire laissait entrevoir, sous une rayure, celle d'origine... orange fluo. Cassiopea avait plus de piercings sur le visage que Siegel de dents dans la bouche. Il s'étrangla avec sa pomme quand elle lui montra celui qu'elle avait sur la langue.
Et s'étrangla tout court quand Patrick insinua pas très finement qu'il n'y avait pas que là qu'elle en avait.

Le septième jour, Siegel croisait Joy dans un couloir et comprenait enfin l'utilité des multiples téléphones. Pétée de tune, la gamine fondait en rires idiots dès que Zala lui accordait la moitié d'un gramme de sourire, se pendait à son bras alors qu'elle faisait déjà au moins trente centimètres de moins que lui. Pour la faire taire, Patrick cita une quelconque phrase de Marx et la laissa méditer là dessus.
D'après ce que Clyne en savait, elle y pensait toujours et vénérait ces paroles, comme toutes celles qui sortaient de la bouche de Patrick, d'ailleurs.

Le huitième jour, Cherry. Serveuse dans un cybercafé, elle pirata le site de la Fac le neuvième jour pour afficher, en gros, "Al da Flaga est un nazi lobotomisé avec une couille en moins." Ce texte d'une rare poésie était bien entendu dû à Patrick, qui avait juré de se venger lorsque, le matin même, Flaga s'était moqué de "l'OGM de service".
Cherry était douée mais pas mignone. Patrick confia à Siegel que s'il n'avait pas craint une contre attaque, il l'aurait larguée.

Treizième jour. Patrick rompit avec Cassiopea pour sortir avec sa petite soeur. Celle-ci, de son surnom "Reine de la Nuit", n'avait pas de piercings mais était assez tatouée pour faire peur à Clyne.
Quatorzième jour. Lassé par les cinquantes sms reçus pendant la nuit, made in RdlN évidemment, Patrick mit fin à leur relation.

Sur le coup, Siegel était soufflé. Lui qui peinait déjà à se trouver une petite amie (trop timide, il finissait invariablement par s'enfuir avant d'avoir fait ne serait-ce qu'un début de déclaration)... le spectacle d'un Patrick jonglant allègrement avec trois, voir quatre demoiselles en même temps, en changeant comme de chemise et surtout s'en séparant avec facilité lui donnait la nausée.
Ce type était cinglé. Complètement frappé.

Le mystère s'étoffait : Comment Patrick Zala pouvait-il avoir une vie sociale aussi épaisse tout en passant (d'après ses dires) au moins une heure par jour à rafistoler la plomberie de son appartement, le chauffage, la voiture, la TV, ou à jouer à l'ordinateur quand il n'y avait rien à réparer... et quand apprenait-il ses cours ?
Ah oui. C'est vrai. Patrick ne révisait jamais. Mais trouvait le temps de visiter la moitié des bars du coin, de jouer au football américain à la pause de midi, de flirter avec la leader des pompom girl. Siegel le soupçonna même d'être sous amphèt', mais rien n'y faisait : Zala était aussi increvable que les chenilles d'un char d'assaut.

Et si ça, c'était l'Amérique, alors Clyne allait avoir du boulot avant d'y ressembler...
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Hors ligne Milo

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Thirty years before
« Réponse #4 le: 13 septembre 2007 à 23:50:07 »
C'est fort bien écrit tout ça ^^

Trop fort les coordinateurs, il suffit "d'assister" (de loin) aux cours pour les maitriser à 400%  :27: (comme en terminale ES, fichtre)
"J'adore trop les doubleurs japonnais de la nouvelle saison de ce manga."

« Ô, Hirondelle [...] » ಥ_ಥ

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Thirty years before
« Réponse #5 le: 14 septembre 2007 à 22:15:20 »
Ooooh si si, si Patrick n'avait pas un truc il aurait certainement besoin de travailler. Si Siegel est tellement surpris c'est parce qu'on ne devient pas avocat avec ses gènes, et que même un coordinateur ne peut pas réussir ses cours sans même les écouter au moins une fois.
Donc non, Zala n'assiste pas de loin à ses cours et ne les maîtrise pas à 400% juste parce qu'il est un coordinateur ^^ Ce qui nous amène à...

Où Siegel Clyne découvrit quelques petites choses sur Patrick Zala


Lorsque les premières partielles pointèrent le bout de leur nez, Siegel tenta bien, par fidélité, de ne pas espérer un échec de Patrick. Mais la chose était impossible. L'autre coordinateur affichant tant sa flemmardise qu'il avait finit par agacer plus que royalement le scandinave.
Ce serait un sacré coup de pelle. Ah, comme Zala allait tomber de haut ! Il serait recalé et n'aurait plus qu'à retourner chouiner sur les genoux de Liberty, ou de Susane, ou même de Veronica. Peut être même irait-il retrouver sa chère Cassiopeia et se faire rajouter quelques piercings ?

Clyne n'était guère charitable, il est vrai. Mais il en avait assez de trimer pour tout suivre, handicapé par sa langue natale, alors que Patrick faisait la sieste avec une triste insolence. Un jour ou l'autre, il pairait, et Siegel se fendrait d'un glorieux "Mwahahaha !" digne de ce péteux de Flaga. Bon, il ne les faisait peut être pas aussi bien (Patrick disait toujours que les rires sadiques, c'était dans les gènes), mais le brun aurait au moins la bonté d'avoir l'air de regretter un peu son comportement !
La divine Providence venait en la personne d'un vieux ventru poilu, distribuant les copies... blanches comme la tête de Patrick quand il verrait son zéro pointé !

Première question.

Quel crime contre la paix commis est contre une...

...

Non, il devait mal comprendre. Quel crime contre la paix...

...

Non, non, ce n'était pas possible ! Son anglais ne pouvait pas choisir ce moment pour le lâcher ! Comment répondre si on ne pouvait traduire la question ?
Siegel coula  un long regard désespéré sur sa gauche où, à l'autre bout de l'amphi, Patrick Zala avait déjà noircit une page.

***

C'est un Siegel piteux et pitoyable qui sortit, déprimé, de ces affreux partiels. S'il n'avait eu un minimum de fierté, il aurait fondu en larmes, maudit le Seigneur (jusqu'à ce qu'il se rappele qu'il n'était pas croyant), acheté trois kilos de glace au chocolat et se serait empiffré devant un mauvais match de football.

"Aaaaaaaaah c'était trop facile !" s'exclama Patrick en s'étirant, à peine sortit de la salle d'examen. Plusieurs têtes se tournèrent et le bienheureux brun fut aussitôt fusillé d'une bonne quinzaine de regards courroucés. Et Clyne pas des moindres. Rouge de honte et de colère, les yeux à présent plus qu'humides, il tourna les talons et s'enfuit.

***

Deux semaines plus tard, Siegel manqua encore une fois la crise de larmes. 70% ! Il avait réussit à avoir 70% ! Yatta yatta yatta ! Dommage qu'il ne soit pas rasé, pas coiffé et habillé avec les mêmes fringues que ceux qu'il avait sortis de son armoire trois jours avant. Il aurait put aller fêter ça. Et dommage qu'il n'ai plus parlé à Patrick depuis les examens : maintenant qu'il était sûr d'avoir une plutôt bonne note, Clyne envisageait de nouveau le "mwahaha".
Et se sentait même un peu coupable.

De ne pas avoir répondu aux sms de Patrick.
De n'avoir pas non plus répondu à ses appels.
D'avoir effacé son numéro de son répertoire.
D'avoir même jeté les horribles clichés que Zala l'avait obligé à prendre dans un photomaton, un mois plus tôt.

D'autant que Patrick allait sûrement avoir besoin de soutient, vu qu'il serait sans aucun doute recalé. Curieux, Siegel chercha le nom de son presque-ami dans la liste.
Il n'y était pas.
A croire qu'il avait fait un score tellement mauvais que, pour sauver l'honneur, la direction l'avait inscrit au dos des feuilles.

Ricanant, Clyne s'apprêtait à aller crâner avec ses 70% dans un couloir quelconque lorsqu'une affiche sous verre attira son regard. "Elève d'Honneur, avec les éloges du conseil des enseignants - Zala, Patrick, 118%"
Le rire sardonique mourrut sur les lèvres du scandinave qui, bouillant de colère, se retourna vers l'abrutit fini qui, du haut de son mètre quatre vingt huit (ce salopard avait encore grandit), fixait sa propre photo. Assez mauvais, le cliché était étrangement coupé sur le côté et Siegel reconnut le cradrage : il s'agissait d'une des images qu'il avait fichu à la poubelle quelques jours plus tôt.

"T'es fier de toi, non ?", siffla Clyne avec colère. "C'est pas possible ! T'as pas pu ! T'as dû tricher !"

"N'importe quoi, tête de con !" répondit Patrick en s'empourprant. "Je triche pas !"

"Si !"

"Non !"

"Si !"

"NON !"

"SI !"

"NON !"

... et là, Siegel maudit le crétin qui avait bidouillé l'ADN de Patrick pour lui refiler des cordes vocales en béton. Et dix centimètres de plus. Et trente kilos de muscles en plus.

"T'es vraiment trop nul, l'esquimo. J'voulais te dire le secret mais comme t'es le pire ami que j'ai jamais eu, t'as qu'à crever."

"Je ne suis pas un mauvais ami !"

"My ass, ouais. Tu sauras pas," affirma Patrick en croisant les bras sur sa large poitrine, le regard encore noircit de colère. "Et puis depuis le début de l'année tu voulais que j'me plante. Si t'avais pas été si con, je me serai contenté d'un quatre vingt quinze, comme d'habitude."
Siegel ne trouva rien à y répondre et regarda ses pieds. C'est vrai que si Patrick avait beau être un bourrin, jurer toutes les deux phrases, cocufier la moitié des filles de la ville et se moquer des autres, à la base c'était tout de même son ami.
Son seul ami. Si un ami était quelqu'un qui vous appellait à deux heures du matin pour savoir si vous vouliez aller vous bourrer la gueule.

"Je suis désolé," fit finalement le blond lorsqu'il comprit enfin que lui, le gentil mais timide scandinave avec un accent à couper au couteau, avait sans doute plus à perdre dans l'affaire que le populaire et bruyant Patrick Zala. "Tu me dis comment tu as put avoir ces notes sans rien faire, alors ?"

"J'ai pas dis qu'j'avais rien fait. T'as vraiment crut c't'histoire ?"

Siegel s'empourpra une nouvelle fois. Il faudrait vraiment qu'il apprenne à contrôler ces foutus rougissements. "Je me disais que tu avais... peut être... un ADN vraiment super beaucoup bidouillé. J'vois rien d'autre," murmura-t-il... et il ne reçut qu'un gros rire de la part du brun. "Woaaaaaa le grosbill ! Faut redrescendre sur terre mon gars, c'est pas demain la vieille que les coordinateurs seront nuclear-proof, non plus ! Non mais l'autre... n'importe quoi... encore plus dément que si j'trichais... Nan nan, tu t'prends la tête, c'est vachement plus simple que ça !"

Et, avec un grand sourire et la plus parfaite des franchises, Patrick avoua tout de go que son père était avocat et que, arrivé à treize ans en ayant déjà terminé le programme de collège, il avait volé les livres de droit de son paternel comme lecture de chevet. 
Patrick Zala ne fréquentait Harvard que pour se faire des "connaissances utiles".
Pas pour les cours.
Pas pour le diplôme, qu'il aurait put décrocher depuis quatre ans dans au moins deux cursus.

Lorsque Siegel Clyne rentra chez lui ce soir là, il avait déjà été libéré d'un grand poids : Patrick n'était pas plus intelligent que lui ! Hourra ! Et s'intéressait un minimum aux études ! Re-hourra ! Dans ces conditions, ils pouvaient être amis.
Même si Patrick avait vraiment des goûts de chiotte en matière de lecture de plaisance.
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« Réponse #6 le: 10 octobre 2007 à 20:31:21 »
Bon allez, on se bouge un peu, les études c'est bien gentil mais faut que ça en chie un peu ! Pis j'ai envie de montrer Sinead bientôt alors...

Naturels et Coordinateurs

J'avais découverts, au court des derniers mois, que Patrick était quelqu'un de particulièrement secret. Il pouvait vous raconter sa vie sentimentale pendant des heures, ou sa dernière tournée des bars, mais si cela n'avait tenu qu'à lui, je n'aurai jamais sut que son vrai nom n'était pas "Patrick Zala".

J'avais dû le coincer à propos de son père, comme quoi il n'y avait pas d'avocat du nom de Zala, où que ce soit en Fédération Atlantique. Il m'en avait beaucoup voulut pour avoir fait des recherches, et s'il ne m'avait pas boudé, c'était uniquement parce qu'il m'avait mentit d'abord.
C'est aussi à cette époque que les choses commencèrent à dégénérer et que j'en appris plus sur Patrick, mais l'histoire de son nom, tout d'abord.

Le père de Patrick était un irlandais de pure souche (d'où le nom de son fils, d'ailleurs), mais officiait bel et bien aux USA, et ce depuis de nombreuses années, sous le nom de George (inflexion très péjorative de Patrick sur le prénom) O'Conel (avec UN SEUL "n"). Mais Patrick avait tendance à trouver l'irlanderie de son père plus que fatigante, voir même ridicule, et c'était fait une joie de se dégoter un autre nom d'usage, moins "lutin et bière", comme il le disait lui même.
Bref, Patrick "O'Conel" Zala le criait bien fort, il n'était pas un fils un papa. Et même qu'il irait vivre dans l'espace quand il aurait son diplôme, là où même avec le téléphone, son paternel ne pourrait plus le joindre pour qu'il arrête de se bourrer la gueule le samedi soir.

Mais je parlais de l'atmosphère générale de la Fédération à cette époque, et de Harvard en particulier. Pendant des mois, j'avais cru que Patrick était un espèce de baba cool qui gardait des secrets juste pour le fun, était rebelle pour l'image, et flemmardait juste pour avoir l'air désintéressé. Grave erreur.

Le clash arriva lors des seconds partiels. Nous étions dans les trois cent dans un amphi, et je sortais mes affaires, calme et discret (mais quand ne l'étais-je pas ? C'était Patrick le bruyant des deux). Rien de bien exceptionnel, quand j'entendis mon cher et tendre camarade aux cheveux bleus (ah, oui, autre surprise : Patrick avait les cheveux bleus sombres et les teignait en noir), apparemment très en colère, comme quoi c'était une honte et qu'il refusait de remplir à torchon pareil.
Le professeur rétorqua que s'il n'était pas content, il pouvait toujours partir et avoir un zéro.

J'ouvrais ma copie et, juste sous le nom, trouvais la question suivante : "Êtes-vous un coordinateur ?"

"Et si on dit oui, qu'est-ce que ça fait ?" demandait un Patrick furieux.

"Vous serez notés en conséquence," répondit le professeur. "Le ministère a jugé qu'il était injuste que les naturels soient évalués sur les même critères. Après tout, les gènes modifiés, c'est de la triche."

On s'étouffait d'indignation. Zala aurait sans doute répliqué, mais quelqu'un d'autre -une fille, à l'autre bout de l'amphi, et assez petite pour ne même pas dépasser son épaule- s'était levée elle aussi et agitait son propre paquet de copies. "Ah oui ? Et pourquoi ça ! Bande de nazis ! Mettez tous oui !"

"Vous n'avez pas le droit ! L'université fera des vérifications, vous entendez ? Nous savons qui est dans la catégorie des coordinateurs ! Vous..."

Mais plus personne ne l'écoutait. Je voyais, autours de moi, des "oui" qui fleurissait sur les copies d'étudiants qui n'avaient pas un gène de modifié. Quant à moi, je crois que je paniquais : j'avais été inscrit comme naturel et mes notes des premières partielles ne me dénonçaient pas.
J'ai honte de le dire, mais je cochais "non".

Nous eûmes les résultats quelques semaines plus tard. Avec 52% de réussite, Patrick était le seul, parmi les "oui", à avoir eu la moyenne.

Mais le ministère ne s'arrêta pas là. Peu après les résultats, on exigea que ceux qui étaient officiellement des HGM (Humains Génétiquement Modifiés, puisqu'on nous considérait encore comme humains) aillent s'installer en haut de l'amphi. Patrick était furieux mais Aubry (la fille qui avait encouragé tout le monde à falsifier la question) lui fit signe de se taire et migra avec lui jusqu'aux derniers rangs. Je savais que c'était une naturelle, mais son nom fut appelé, avec tous ceux qui avaient eu le cran de cocher "oui". Le mien n'y était pas mais, quand je me levais pour les rejoindre, Patrick me fit signe de rester où j'étais, et qu'il m'expliquerait plus tard.
La moitié de l'hémicycle s'installa en haut, et on laissa deux rangs de vides pour bien séparer les deux groupes. Il y avait, en haut, autant de naturels que de coordinateurs : ceux qui avaient eu dans les 10% aux partiels (jusqu'à 31% dans le cas de Reinhard Kazian qui, avec Patrick, semblait s'être fait le porte parole des étudiants indignés) n'étaient certainement pas génétiquement modifiés. Le cours commença dans un silence pesant.

Les choses dégénérèrent encore : le professeur refusait désormais de répondre aux questions de "ceux d'en haut", ne prenait les devoirs que de "ceux d'en bas", et ne parlait pas assez fort pour que tout le monde entende. Je compris vite pourquoi Patrick n'avait pas voulu que je le rejoigne : il en fallait bien un pour prendre les notes pour ceux qui, contrairement à lui, n'avaient pas les moyens de réussir leur année dans ces conditions.

Il y eu ensuite du grabuge dans une autre université, de journalisme, cette fois et, deux jours plus tard, Patrick disparut purement et simplement d'Harvard. Je lui laissais une bonne dizaine de messages en deux jours, avec l'impression d'être une de ces pimbêches qui sortaient avec lui (à ceci près que j'avais une raison très pragmatique d'être inquiet). Au bout de quatre jours, j'allais voir Aubry (Reinhard était lui aussi absent), et celle-ci m'expliqua que Patrick avait été ajouté aux "Indésirables", donc qu'il faisait profil bas pendant quelque temps, parce qu'il avait des magouilles à faire et ne pouvait pas tout cumuler. Et je devais passer mes notes à Aubry quand on ne regardait pas, parce que le groupe des Oui était fliqué en permanence par les Non.

J'étais inquiet à propos de cette histoire de liste, mais Aubry refusait de m'expliquer un milieu d'un couloir. Il fallut, deux heures plus tard, aller se planquer dans les toilettes des filles du quatrième étage, où personne n'allait jamais parce qu'il n'y avait que des cours masculins ou presque. Encore une fois, je me sentais tout à fait idiot : après avoir inondé le portable de mon meilleur ami comme une groupie attardé, j'allais chipoter dans les chiottes avec une fille que je ne connaissais même pas. Brillant.
Mais les nouvelles qu'elle avait étaient encore plus étranges, et je commençais à me dire que Patrick était soit encore plus débile que je ne le pensais, soit qu'il avait juste envie de se faire casser la figure.

Dans plusieurs autres universités (et même lycées !) de la région, les coordinateurs étaient progressivement mis au ban des cours. Une loi était passé (fort discrètement) en Fédération Atlantique, comme quoi les responsables de l'éducation étaient en droit de "sauvegarder les chances des naturels". Pas d'autre formule. Autrement dit, une loi fantoche dont on faisait ce qu'on voulait.
Et le Congrès discutait en ce moment pour savoir si on pouvait donner aux coordinateurs le statut "d'Humains Génétiquement Modifiés", de façon officielle, et de leur attribuer un statut légal, du genre "quota par profession". Je doutais que ce soit constitutionnel, et Patrick, lui, semblait trouver ça plus qu'aberrant. Comment était-il au courant alors que personne dans la presse n'en parlait ? Bonne question, mais Aubry continua : suite à ces changements de statuts, plusieurs groupes étudiants s'étaient rencontrés pour débattre de tout cela, et s'étaient constitués en Ligue des Droits Universels. Je trouvais le nom laid, Aubry ajouta que Patrick pensait la même chose, mais "zut, on fera avec".  Ils prévoyaient une petite opération razzia à quelques kilomètres d'ici, dans l'établissement le plus touché par ces problèmes.

Sauf qu'apparemment, toujours d'après Aubry, un indic devait s'être trouvé là parce que, le lendemain, Patrick l'avait contacté pour lui dire que la police locale avait désormais une "liste des possibles fauteurs de troubles", et que tous ceux qui avaient parlés ou été nommés au cours de la réunion était virtuellement sous surveillance. Et forcément, vu la grande gueule de Zala, il devait être dans les premiers noms.
Aubry, elle, gardait ses deux soeurs ce soir là, et c'est pour ça qu'elle pouvait encore venir, et jeter des boulettes en papier avec son lance pierre sur les profs en faveurs du nouveau statut.

Je me décidais à rendre visite à Patrick, histoire de lui remettre les idées en place : c'était pas un idiot idéaliste avec des cheveux bleus qui allait changer les choses et, vu comme elles se présentaient, je pensais sérieusement à regagner la Scandinavie... tant que nous le pouvions encore.
« Modifié: 10 octobre 2007 à 22:17:34 par Fëa »
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« Réponse #7 le: 27 octobre 2007 à 17:22:38 »
La partie glauque de l'histoire, ou la raison pour laquelle Patrick Zala s'est fait balader aussi facilement par Rau.

Sinead

Comme je l'ai dis, j'avais décidé de me rendre chez Patrick. Je commençais à le connaître assez bien pour redouter ses réactions : jamais il n'accepterait les lois pro-naturels, et j'étais sûr que si le gouvernement allait jusqu'à menacer de le foutre en prison pour le calmer, il s'en moquerait et continuerait son grabuge.

Je n'avais jamais mis les pieds chez lui. Patrick m'avait donné son adresse, mais il prétextait un désordre faramineux pour me garder loin de sa tanière. Classique. Mais personne d'autre ne visitait jamais son appartement : ni Reinhard, ni aucune de ses petites amies ou de ses "potes de beuverie". J'avais demandé à Aubry, mais elle avait regardé ailleurs et m'avait conseillé de laisser Patrick en paix.
Je n'avais pas écouté. Je n'écoutais jamais. Vous devriez l'avoir compris, non ?

Je dois dire que si Patrick s'était attendu à ma visite, il aurait tout fait pour qu'on ne m'ouvre pas, mais il ne s'en était pas douté. Ou peut être était-il occupé quelque part, sous la douche, par exemple. J'entendis cliqueter ces petits chaînettes, si populaires aux USA, et une clef tourner dans la serrure, avant de me retrouver face à une étrange tête couverte de cheveux bleus et aux grands yeux verts, mais vachement plus petite que Patrick.

C'est ainsi que je rencontrais Sinead O'Conel-Zala.

Elle était sans doute grande, mais je ne crois pas l'avoir jamais vue debout. Même pour m'ouvrir, elle était restée assise sur sa chaise à roulette (de ceux qu'on trouve toujours devant les ordinateurs), un pied pausé sur le coussin du siège, l'autre jambe pendant jusqu'à terre. Ses épaules étaient curieusement arquées vers l'avant et elle était très mince. Sa tête semblait presque trop grosse pour son corps -sans doute l'effet de sa tignasse bleue. Je dois dire que je ne lui trouvais, d'abord, aucune ressemblance avec Patrick : elle avait les yeux très verts, comme lui, mais lourdement cernés, les joues creuses et un air profondément curieux, mais presque aussi naïf (voir même niais).

Elle m'avait invité à entrer, s'était tournée sur sa chaise et avait poussé sur le mur le plus proche, et vrrrrrrrr, le siège avait roulé jusqu'au milieu de la pièce, devant une table. Un gros ordinateur ronronnait dessus et, de ses longs doigts d'araignée, la jeune fille avait commencé à piannoter sur son clavier, vite, très vite... et m'avait oublié aussitôt.

Patrick était arrivé quelques minutes plus tard. Plutôt bien habillé, ou en tout cas avec plus d'attention que d'habitude, il portait pèle mèle une assiette de pâtes, une brosse à cheveux et une boîte de médicaments. Il manqua lâcher le tout en m'apercevant, puis entra dans une colère folle qui, au bout de quelques secondes, se mua en résignation. C'était trop tard, à présent je savais qu'il vivait avec cette fille ; qui qu'elle soit, ce n'était plus la peine de chercher à le cacher.

 Il me laissa dans mon coin et déposa le plat devant la fille. Ce que je vis ensuite m'avait profondément choqué : elle l'avait regardé, battu des paupières, et avait dit : "Oh, oui, c'est vrai, c'est l'heure ?" et elle avait commencé à se servir (avec les doigts), pendant que Patrick mettait un tas de pillules bizarres dans la nourriture, sans qu'elle s'en aperçoive. Ensuite, il l'avait grondée parce qu'elle n'avait utilisé sa fourchette (elle répondit qu'elle avait oublié), et elle avait tout avaler, sans tiquer, comme si elle n'avait même pas vu que ce qu'elle mangeait... et puis elle était retournée à son clavier, et Patrick (qui lui brossait les cheveux), avait dû lui prendre les mains pour les essuyer avait qu'elle n'en mette de partout.
Elle n'avait pas réagit, pas même lorsqu'il retourna à la cuisine pour ranger son assiette.

Patrick était ensuite venu s'asseoir, en face de moi, sur l'un des deux seuls fauteuils de la pièce. "Ce n'est pas qu'elle est stupide, ou folle, ou..." avait-il dit, hésitant. "C'est juste qu'elle oublie. Elle n'y pense pas. Si je ne lui dis pas, elle oublie de manger, ou de se laver, ou de dormir. Mais elle est gentille. Elle le fait quand je lui rappelle de le faire."

Je n'en doutais pas. J'étais juste... surpris. J'avais toujours vu Patrick comme quelqu'un d'assez inconscient pour ce qui était des autres. Je ne pouvais pas l'imaginer maternant une fille pareille, incapable de se débrouiller trois jours toute seule. Je gardais mes réflexions pour moi. Il était évident qu'encore une fois, je m'étais royalement planté.

"Je n'ai pas toujours fait ça. Avant, mes parents s'en occupaient, mais ils s'en sont lassés. Ils voulaient la mettre dans un asile, ou un truc comme ça," expliqua Patrick. Il regardait ailleurs.
Patrick regardait toujours les gens dans les yeux et, à présent, je trouvais perturbant qu'il ne le fasse pas.

"C'est ma grande soeur. Ils l'ont... un peu ratée. Elle est intelligente, je te jure qu'elle l'est. Elle est juste différente. C'est pour ça qu'il faut que je les empêche de tout changer. Sinead ne pourra jamais avoir de place dans le monde qu'ils veulent construire."

Je ne voulais pas savoir. Mais après tout, c'était bien de ma faute, non ? Patrick m'avait prévenu qu'il ne fallait pas venir. Je n'avais pas écouté.

"Quand ils se sont aperçus qu'elle n'était pas normale, les scientifiques qui s'étaient occupés d'elle ont proposé à mes parents de les rembourser. C'est cet argent que mes parents ont utilisés pour qu'on me modifie, moi. C'est dégueulasse, hein ? Si Sinead n'était pas malade, je ne serais jamais né. Alors je lui dois au moins ça."

Je hochais la tête.

"Mais tu sais, ce n'est pas une corvée, enfin pas vraiment. Elle est très, très douée en informatique, Sinead. Elle n'arrête pas de pirater les serveurs de la CIA, ou du Congrès. Avant, j'essayais de l'en empêcher, mais maintenant c'est très utile. Je suis sûr qu'elle comprend exactement ce qu'elle fait. Elle cherche toujours ce qu'ils ont sur moi, ou les projets de lois sur les Coordinateurs..."

J'aquiesçais et, involontairement, jetait un bref regard sur une vieille boîte de médicaments, encore posée sur la table basse qui nous séparait.

"Ceux là, c'est pour sa sur-tension. C'est pas grave, la sur-tension. Enfin pas chez elle. Elle a des choses pires, tu sais. Ils ont dû toucher à des trucs qu'il ne fallait pas modifier, et elle a des problèmes de vieillissement cellulaire, ou un truc du genre. Ils disaient qu'elle pourrait vivre dans les quarante, peut être cinquante ans."

Nous avions encore un peu parlés, et puis Sinead avait appelé Patrick parce qu'elle avait trouvé quelque chose. Je m'étais excusé et j'étais parti, en me jurant de ne plus jamais mettre mon nez là on me défendait de le mettre.

Le lendemain, Patrick était de retour à l'université. Il marmonna quelque chose à propos de Sinead qui l'aurait forcé à venir, ou un truc du genre. Je n'avais pas posé de questions. Peut être que j'aurai dû en parler avec Patrick, ou au moins ne pas le laisser tout seul avec ce problème. Non, c'est même sûr. J'aurai dû... être plus attentif.
Si je l'avais été, Rau le Creuset n'aurait jamais été commandant, et je serais encore vivant pour raconter cette histoire.
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« Réponse #8 le: 28 octobre 2007 à 00:34:58 »
Citer
Si je l'avais été, Rau le Creuset n'aurait jamais été commandant, et je serais encore vivant pour raconter cette histoire.
:03: excellent ^^. Continue comme ça ça devient marrant :11:

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« Réponse #9 le: 29 octobre 2007 à 01:56:06 »
Interlude : le narrateur est mort

Hum hum...

C'est étrange de dire ça, mais je suis mort.

...

C'est même tout à fait étrange de pouvoir dire que je suis mort alors que je suis mort, mais... enfin... ce n'est pas comme si j'y pouvais encore quelque chose, n'est-ce pas ? Avec tout ce que je me suis pris (ces quatre... ou cinq, je ne sais plus, bref, quatre balles dans le corps, et si ça n'aurait pas suffit, tout à plus ou moins explosé après mais là, j'étais déjà décédé, donc je m'en fiche royalement) je peux être sûr et certain que je n'ai plus une cellule de vivante.

Je ne suis pas le seul à être mort, d'ailleurs. Siegel s'est fait mitraillé depuis un moment -sur ordre de ma part. Lénore, par contre, je n'y suis pour rien. Rau, par contre... je n'y suis pour rien non plus, mais bon dieu je suis content qu'il ai eu une mort encore plus crade que la mienne.
Flingué par un petit con berzerk. La honte.

Enfin bref, je suis, comme vous l'aurez deviné, Patrick O'conel (avec un seul "n", merci) Zala, le seul, l'unique et oui, si vous vous posiez la question... j'avais les cheveux bleus. Même si vous ne vous la posiez pas. C'est vrai que vous, qui avez juste vu la série, vous avez l'habitude de me voir grisonnant (et non, je n'étais pas vieux, tout de même), et vous n'étiez pas foutu de chercher à quoi je pouvais ressembler avant, hein ? Peuh. Belle preuve d'ouverture d'esprit des naturels, ça. Mais je divague, à croire que la mort rend sénile.

Où en étions-nous... Sinead. Siegel venait de rencontrer Sinead et d'achever son passage sur une sublime plainte sur son propre sort. Bla, bla, bla. Mais ça mérite peut être quelques explications. Reprenons depuis le début.

Sinead était née cinq ans avant mois. Elle n'était ni stupide ni autiste, mais juste pourvue d'un système de pensée tout à fait différent du nôtre. Elle voyait tout en matière de systèmes, de parallèles. C'est ainsi qu'elle tentait parfois de me l'expliquer. Un programme informatique lui sermblait plus matériel que le monde où elle vivait. Passons là dessus, c'est encore le plus simple de l'histoire.

J'avais toujours eu un problème avec ma soeur. Sinead pouvait avoir l'air de ne rien entendre, elle écoutait -et répétait. C'est ainsi que j'avais su, très tôt, que j'étais une sorte de "Sinead Prime", la seconde version, mais avec un chromosome Y. Je devais ma naissance aux défauts de ma soeur.

Je m'étais donc sentit endetté. Dès le départ, je partais sur un pied d'infériorité avec elle. Je lui devais la vie, et c'est certes un mauvais début pour une relation saine. Mais entre Sinead et moi, rien n'avait jamais été sain et rien ne le fut jamais. Elle avait, je le savais, beaucoup d'affection pour moi. Cependant, pendant tout le temps où je me suis occupé d'elle, elle n'a jamais fait l'effort de se sortir de son état. C'est seulement maintenant que je me rends compte qu'elle était tout à fait consciente de son environnement.
Elle m'en voulait d'être né "normal", à peu près autant qu'elle m'appréciait. Et me le faisait payer en se conduisant comme l'handicapée de service.

Je n'ai jamais pu le comprendre. Ce que je veux dire c'est que, jusqu'à ma mort, j'ai toujours cru que j'étais responsable de Sinead. C'est pour cela que, quand notre mouvement étudiant est partit complètement en vrille (la faute à des casseurs imbéciles) et que j'ai dû partir vers la Scandinavie en laissant Sinead à Aubry, je m'étais senti vraiment mal. J'avais prévu de revenir, je le vous le jure. Je devais être maso ou un truc du genre. Mais les choses ne s'étaient pas arrangées et j'avais fini par partir dans l'espace. J'ai appris, quelques semaines plus tard, que Sinead était morte, et mes anciens compagnons d'armes dispersés ou emprisonnés pour divers délits.

Il n'y avait qu'un seul responsable dans l'affaire. Je ne savais pas ce qu'avait fait Sinead, ou Aubry, ou si elle était morte naturellement. Je savais juste qu'elle n'était plus là et qu'à la fin, je ne m'étais pas occupé d'elle. C'était donc moi le coupable. Même après la mort de Sinead, je suis resté enchaîné à elle.

J'ai d'abord rencontré Léonore. N'importe qui pourrait dire qu'elle était belle mais particulièrement stupide. Je suis un peu injuste, car elle était très douce et très gentille mais... bougrement sans cervelle. Sérieusement, Asran a hérité toute sa bêtise de sa mère, et il faut que je sois mort pour comprendre que, ce que je lui trouvais, c'était les putains de cheveux bleus de Sinead, les putains de yeux verts de Sinead... mais de mon vivant, j'étais très amoureux d'elle. Ou je croyais que je l'étais.
Ce n'est pas le pire. Je vous jure que ça, c'est le moindre de mes soucis.

Siegel disait que, s'il avait suivit l'Histoire Sinead, Rau n'aurait jamais rien pu faire. Je dois avouer que c'est vrai.

Quand on m'a mis le dossier de cet espèce de débris génétique entre les mains, je n'ai pas su qu'en faire. ZAFT n'existait pas encore et nous étions un mouvement révolutionnaire organisé, mais assez restreint. J'avais l'habitude de tout faire moi même, sauf la dactylo, parce que j'avais une orthographe de gremlins. Enfin bref, c'était la première génération d'officiers qu'on avait sur le dos, pour préparer notre révolution, et notre ébauche de services secrets nous avait refilé le dossier de ça (Rau, au cas où vous n'auriez pas compris).
C'est pas que j'en voulais pas, mais la ptite chose aurait pu clamser toutes les trentes secondes. Vous iriez mettre un type qui peut faire une crise d'on ne sait quoi dans un chasseur, vous ? Et bien moi non plus. J'avais montré le dossier à Siegel, et lui avais demandé ce qu'on en faisait. Le Syndrome Sinead avait fait tilt : j'avais, inconsciemment, le besoin de rattraper mon échec avec Rau. Je l'ai donc pris comme aide de camp, en me disant qu'il pourrait toujours vider les corbeilles à papier.

Je suis trop sentimental. Vous voyez comme je me suis fais avoir ? Et je suis le seul à avoir été leurré, en plus. Siegel a dû se douter que je m'attachais trop à Rau, et Rau, et bien... il a dû voir que ça clochait. Pas étonnant qu'il m'ai royalement détesté. Tant mieux, parce que c'est réciproque (salopard !). Être amoureux de Léonore à cause de Sinead, ça passait encore. Mais Rau, là... c'était n'importe quoi.

Je n'ai pas pu m'empêcher de devancer tout ce dont il aurait pu avoir envie. Je savais qu'il ne voulait pas d'un faux job. J'avais donc pris sur moi et lui avait délégué deux trois trucs, même si je détestais faire ça. Et puis, petit à petit, je lui ai donné des commandements, des prototypes... bref, mon cher et tendre tas de cellules défectueuses était devenu mon chouchou de l'année, tout ça parce que Monsieur, comme Sinead, avait une espérance de vie passablement réduite. Si Freud nous regarde depuis son nuage, il a sans doute dû bien s'amuser sur mon cas.

Il est étonnant de voir tout ce que j'ai pu faire par culpabilité. Tout ce que j'ai accordé à Rau, pas pour lui (j'aimais déjà pas son original, pour le peu que j'en avais vu) mais pour une vague image que je lui collais dans le dos... je crois que s'il lui restait un peu de cervelle en état de marche à ce moment là, j'ai dû achever de l'anéhentit. Avec Sinead. Et, ensuite, on rattrapant ma culpabilité de mauvais père (à l'époque où je voyais Asran tous les quinze du mois) sur lui.
Rau était né en copie d'un connard, et continua royalement sur la route de la médiocrité en devant le substitu d'une folle attardée et d'un morveux idiot. Flatteur...

Rau était aussi étrangement semblable à Sinead. Comme elle, il a été, à un moment, conscient de son influence sur moi. Comme elle, il avait décidé d'en profiter, et je m'étais encore laissé faire. Et comme elle, il est malheureusement mort dans d'atroces souffrance pour n'avoir pas choisit la case "asile".

Conclusion.

Bonnes gens, si vous ressemblez de près ou de loin à ma soeur, restez loin des chefs d'états névrosés. Sérieusement, ça vous évitera de finir pulvérisés par un Génésis ou un missile nucléair. A bon entendeur...

PS : Et si tu te posais la question, Rau, OUI, je savais que t'étais un sale traître. Faudrait pas me faire plus con que je le suis, non plus...
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